LES TIRAGES SONT DISPONIBLES À LA VENTE (ÉDITIONS NUMÉROTÉES DE 1 À 7, SIGNÉES ET TAMPONNÉES), JE VOUS INVITE À ME CONTACTER POUR PLUS D’INFORMATIONS. LES TIRAGES SONT MIS SOUS PLEXICOLLAGE (Le tirage est contrecollé à la colle liquide neutre sous un verre acrylique de 4mm d’épaisseur).

Les jeux de pistes visuels de Frédéric Bourret.

Les photographies de Frédéric Bourret ont pour titre 16h11, 18h47, 13h48 ou 17h39. Elles pourraient tout aussi bien s’appeler ‘Paris’,  ‘Dublin’, ‘Tokyo’ ou ‘Bucarest’. En montant d’un cran dans l’interprétation, on pourrait même intituler certaines d’entre elles « La Femme seule », « Les Masques » ou « La Béquille ». Et pourtant… Le photographe a volontairement gommé les marqueurs trop évidents de temps et de lieux, pour amener, progressivement, vers une narration hors-champ, un surprenant théâtre de l’intime, dévoilé dans un flash d’informations à monter librement. Behind Waiting s’articule autour d’images prises sur le vif, devant des arrêts de bus, au fil d’un itinéraire entre Europe et Asie, au sein d’un monde globalisé. « J’ai commencé à penser à cette série alors que je me trouvais moi-même dans un moment d’attente, un moment perdu. Cela m’a conduit à la question : « Est-ce que les moments perdus se réitèrent un peu partout ? Sont-ils les mêmes partout ? » Développées en négatif couleur, les prises de vue de Frédéric Bourret tendent d’abord à uniformiser, ritualiser des postures d’attente, à l’intérieur de compositions géométriques démultipliant les cadres. « Je suis guidé par un ordre mathématique », commente le photographe, qui confie avoir instinctivement recours à une sorte de « quadrillage » mental, pour appréhender ces instants de vie dérobés.

Bien souvent, ses clichés enserrent les protagonistes dans des formes rectangulaires, aux contours nets, elles-mêmes enserrées dans des architectures planes et tout aussi nettes. Dès lors, c’est par le biais d’un curieux patchwork, saturé et asséché, qu’une première lecture de l’image a lieu. « Je voulais me concentrer sur le langage du corps, en effaçant les stigmates du temps, les artifices de la mode (…) Le négatif confère aux individus des regards intenses, mais vidés d’émotion », poursuit-il. « Il était important que le spectateur ne puisse pas vraiment dater l’image. Ces postures présentent l’humain dans son environnement culturel immédiat, au sein d’une structure organisée, qui est la même d’une ville à l’autre, d’une époque à l’autre. Ces images auraient sans doute été à peu près les mêmes dans les années cinquante ». Sur ces bas-reliefs contemporains, on s’aligne, on regarde à terre, on s’ignore ou l’on se capte par intermittence. Dans cette revue générale d’une humanité à l’arrêt, un premier jeu consiste alors à tenter de repérer les indices urbains localisant les clichés. Restitués dans de vives tonalités, un logo publicitaire, le graphisme d’un sac plastique, la typographie d’une pancarte circonscrivent la scène. Des masques anti-pollution portés par un groupe de femmes font immédiatement penser à l’Asie, des inscriptions en anglais ou en espagnol, dévorant le cadre dans un pop art de l’instant, annoncent une piste occidentale.

Après cette première traduction, une autre lecture s’impose. Les signes religieux côtoyant les sigles du prêt-à-porter mondialisé documentent le multiculturalisme des grandes villes, la texture granuleuse d’un mur de pierre renvoie à l’isolement des campagnes. Puis, ces marqueurs architecturaux, sociaux et culturels amènent à une autre strate d’interprétation, éminemment subjective. Après avoir percé le contexte de la photographie, le spectateur peut, à loisir, projeter son imaginaire sur ces figures. Encore une fois, l’emploi du négatif confère une aura particulière à la composition. A chacun d’y voir une inquiétante étrangeté, ou d’isoler certains éléments-clés, semblant énoncer une intrigue dépassant le cadre. Cette femme immobile, figée au milieu de l’arrêt de bus à « 13h48 » semble transparente, traversée de solitude. Cette poussette radioscopée en pleine cambrousse, à « 17h39 », ressemble à un cocon ultra-technologique, inhabité ou surprotégé. Cette béquille laissée à l’abandon contre l’abri-bus, à « 15h38 », à qui appartient-elle ? Le plaisir conféré par Behind Waiting réside en partie dans cette progression, dans ce glissement, strate après strate, au cœur d’une image apparemment neutre. Chaque photographie est tirée sur dibond, et placée sous une couche de plexiglas, sans cadre. « Je ne voulais pas encadrer ces photos, afin qu’elles soient ouvertes sur le monde, et qu’elles permettent le plus d’interprétations possibles ». Dans une brillante contradiction, ces images-vitrines figent le réel, autant qu’elles déploient le regard du spectateur quelque part, là, derrière… Plus loin qu’il ne l’aurait soupçonné.   @Grégory Picard

 Voir l’article dans Artinfo France : Cliquez ici