Behind waiting par Frédéric Bourret

Après avoir signé de belles séries de New York, dont une primée lors de la Bourse du Talent, – une ville éternelle mais souvent paralysée par sa propre image, si connue – Frédéric Bourret libère ici son œuvre et rend le pouvoir au spectateur par ce projet novateur, une ouverture à l’intemporalité entre photographie et graphisme, avec des clins d’œil subtiles mais intrigants à l’Impressionnisme, à l’art contemporain, à un Pop Art de l’instant et à la France des années 1920.

Réalisées à Paris, Tokyo, Valence et Bucarest, Frédéric Bourret radiographie les images de la vie dans ses villes. Otant non seulement les regards à ces sujets aléatoires, mais manipulant aussi les spécificités des autres attributs par lesquels l’humain moderne se définit – les coupes des vêtements de mode, la coiffure branchée, l’image de la prouesse sociale et technologique par iPad ou iPod, le design personnel comme extension publique de l’être – le photographe rend ses personnages vierges de passé et de vie, donnant une liberté entière au spectateur pour y imprégner ses propres visions et interprétations, guidés seulement par le langage des corps. La dame en hijab devient une nonne en robe blanche et un pont entre l’importance de la modestie de l’Islam et du christianisme. Les trois dames qui attendent le bus au Pont Neuf sont elles des vieilles connaissances ou en commisération du hasard sous la pluie ?

Les impressions s’intermêlent à travers les temps. Sous les palmiers de Valence, les affiches publicitaires iconiques pour les historiques corridas de taureaux reprennent les couleurs fluo du logo de Burger King. Les vitrines décorées de la Chaussée d’Antin se transposent dans le monde orné des années 1920. La nature des villes chez Frédéric Bourret se cultive aux coups de pinceaux délicats, comme si les jardins de Monet s’étaient poliment invités dans la vie moderne, tant le grand peintre et ses décors continuent de nous plaire.

Tout comme l’image classique en silhouette, Frédéric Bourret enlève pour ouvrir. Mais tandis que la silhouette demeure un mur, inflexible et anonyme, les images de cette série envoûtent par une liberté de découverte liée au regard personnel, éternel dans cette aire qui ouvre l’essor de l’imagination.